1944 : l'année décisive.

    C'est ainsi que la ressentent tous ceux, occupants ou occupés, qui observent l'échiquier de la stratégie militaire. Le 10 juillet 1943 est lancé contre la Sicile un assaut amphibie parfaitement maîtrisé, et qui prendra fin le 16 août. Il semble le prélude à une opération plus vaste et décisive qui aura lieu, nul ne sait où, ni quand. L'année 1943 a été localement inaugurée et clôturée dans le drame : janvier 43 les arrestations d'Urrugne Noël 1943 les noyades de la Bidassoa. Mais dans son ensemble l'organisation est préservée des perturbations que connaissent les plates-formes de Bruxelles et de Paris.

    Cette relative sécurité a incité Franco à installer son PC en Pays Basque. Il y bénéficiera du précieux concours de l'expérience de Tante Go ainsi que de l'aide indispensable de Max Roger définitivement basé à Anglet, et devenu un convoyeur averti assurant Bordeaux Saint Sébastien. À l'exception des rendez-vous en Espagne avec Creswell, Franco sera ainsi déchargé de ce va-et-vient transfrontalier, et pourra se consacrer à ses responsabilités concernant les plates-formes de Bruxelles et de Paris où continue de rôder l'ombre maléfique du redoutable Jean Masson.

    Début janvier Jean-Jacques chef convoyeur Bruxelles Paris est arrêté. Jérôme est informé de la paralysie qu'entraîne cette incarcération : une vingtaine d'aviateurs attendent chez leurs hébergeurs un éventuel transfert. S'ajoute à ce groupe ceux qui sont restés dans le nord. Jérôme et Franco décident de se rendre à Bruxelles. Ils voyageront séparément par leurs propres moyens par mesure de sécurité. Le 16 janvier ils se retrouvent dans un appartement ami à Bruxelles, avec Jean Serment, le successeur de Jacques Cartier, déjà contraint par des perquisitions domiciliaires à poursuivre son action dans la clandestinité.

    Le choix d'un nouveau chef convoyeur et les ajustements découlant de ce changement sont décides au cours de cette entrevue. Franco et Jérôme toujours séparément regagnent Paris. Ils repartiront dans les jours qui suivent par l'habituelle voie Comète pour St Sébastien ou le 22 janvier les attend Creswell, Franco fera le rapport des événements survenus. Jérôme restera en instance de retour vers Londres via Gibraltar. Malgré son indéfectible attachement à Comète, Jérôme, formé par les services du M.I, se doit d'obéir au règlement qui limite à six mois pour des raisons sécuritaires la durée d'une mission. Mais le voyage n'aura pas lieu car Jérôme et Franco à 24 heures d'intervalle seront arrêtés à Paris. Ils seront condannés à mort en Belgique à l'hôtel Palace et déportés.     


Biarritz, foyer des soldats...

   Cette arrestation ciblée, a été favorisée par la trahison d'un membre de Comète qui a été arrêté. Incapable de supporter la pression des interrogatoires il s'est mis au service de l'occupant. Désormais informé par le traître qui connaît beaucoup de choses, la Gestapo peut frapper à coup sur. Une fois de plus Comète est sinistrée; à l'exception de Comète Sud qui tient le cap. Tante Go est seule coupée de tout contact avec le Nord.

   Dans l'attente les passages sont suspendus. Mais comme toujours dans Comète surgit un joker; il a l' apparence d'une fillette fragile à la voix douce, au maintien réservé, qui marque les 15 ans que lui attribue sa fausse carte d'identité. C'est Michou Dumon, 20 ans.

   En ce début d'année 1944, Tante Go Max et Michou continuent d'assumer les passages en relation avec l'équipe de Ciboure Urrugne. Max remonte jusqu'en Belgique pour faire le point avec Jean Serment. Michou, lors d'un passage à Paris a retrouvé Jean de Blommaert "le Blom" pour ses amis de Comète, Rutland en résistance


Biarritz bombardée le 27/03/1944

     Mars 1944

   Il règne une attente fébrile. Les gens devant la multiplication des bombardements stratégiques pressentent l'imminence d'un débarquement. Ce 27 mars 1944 Biarritz s'éveille ne se doutant pas que ce jour là son nom va s'inscrire dans les pages de la deuxième guerre mondiale. Déjà profitant de cette température quasi estivale les premiers baigneurs sont allés inaugurer leur bronzage. Vers 14 h 30 leur attention est attirée par un vrombissement en provenance de la mer. Deux escadrilles alliées font irruption en direction de l'aéroport de Parme pour le bombarder. Volant très haut car la  D.C.A est particulièrement performante à ce niveau, l'approximation de leur tir entraîne un débordement sur la ville de Biarritz. A l'issue du raid, on dénombre outre la destruction d'immeubles, 127 morts et 250 blessés.


Jean de Blommaert (Rutland)

Débâcle de l'armée Allemande...

Le traitre Jean Masson

     Mai 1944

    En ce mois de mai 1944 "Tante Go", Max, et l'équipe d'Urrugne-Bidassoa autour de Kattalin et Florentino, ainsi que leurs  ramifications jusqu'à St Sébastien, assument le passage des aviateurs véhiculés par Comète Nord et cela jusqu'à 48 heures du débarquement. Malgré l'ouverture du camp de Fréteval, 38 aviateurs suivront Florentino dans la montagne. Prouvant une froide détermination malgré un environnement policier de plus en plus dangereux.

   Depuis le débarquement les allemands ont resserré la surveillance en montagne afin de remédier à l'hémorragie naissante des déserteurs qui  tentaient de gagner l'Espagne. Une nuit de Juillet Florentino revient de Saint Sébastien porteur d'un courrier clandestin. Soudain une rafale de mitraillette l'atteint trois fois, dans la jambe droite et dans l'omoplate. Ne songeant qu'à la sauvegarde de sa mission Florentino se traîne au niveau d'un rocher sous lequel il cache ces documents. Pour plus de sûreté il se laisse rouler au fond d'un ravin qui l'éloigne au maximum de la cache détentrice du courrier. C'est là que les Allemands viennent le récupérer. Il joue parfaitement le rôle de l'homme nature imperméable au français comme à l'espagnol, ne s'exprimant que dans un basque rudimentaire quasi incompréhensible Florentino est transféré dans une salle commune du secteur français de l'hôpital de Bayonne. La Gestapo attend la réduction de ses fractures pour continuer son interrogatoire dans un milieu mieux adapté. Tante Go est immédiatement alertée par Gracie Ladouce. Une décision s'impose : sortir Florentino de ce piège dans les plus brefs délais.

   La machinerie du débarquement continue son déploiement. Depuis le 25 Juillet, après un piétinement consécutif à la forte résistance allemande 35 divisions alliées et 3000 chars ont pris solidement pied face à un ennemi à bout de souffle. Les Allemands comprennent que l'heure de la retraite a sonné. Depuis le début d'Août ils ont commencé localement leur repli, utilisant tous les moyens de fortune pour faciliter leur transport, sous l'oeil goguenard de la population qui  a en mémoire, leur arrivée triomphale et motorisée.

   Un groupe de la Gestapo d'Hendaye fait partie du voyage .Il est intercepté sur la nationale 10 au niveau d'Anglet St Jean par un commando dirigé par l'ingénieur de la ville, Puyade qui a collaboré à l'évasion de Florentino. L'accrochage violent fait parmi les Allemands, 2 morts, 2 blessés, et 2 prisonniers. L'attention de M. de Greef qui était présent est attirée par l'insistance d'un des rescapés à vouloir récupérer une mallette. Son ouverture révèle qu'elle contient des cartes d'identité de membres de la Gestapo française et belge déjà passés en Espagne. Tante Go va immédiatement à Saint Sébastien, avertit Creswell qui vient de Madrid et prend possession de ces précieux documents. C'est le dernier service rendu aux alliés par Comète, c'est le dernier passage clandestin de Tante Go désormais, Elvire de Greef.

   Au fur et à mesure de la libération des territoires s'instaure le temps de paix. Le 25 Août l'armée Leclerc fait son entrée dans Paris libéré. Peu à peu, les gens réapprennent les gestes du bonheur. Mais l'attente concernant le retour de tous ceux qui sont captifs en Allemagne reste présente. Sur les quais des gares débarquent les prisonniers de guerre qui depuis quatre ans n'ont pas foulé le sol de la France. Plus tard au printemps 1945 c'est le choc de l'arrivée des déportés anxieusement guettée par les familles depuis longtemps sans nouvelles. Jean, Francia, Juan Larburu ne reviendront pas. Lulu et sa mére reviendront ainsi que Martin Hurtado de l'équipe de Ciboure, hebergeur et homme de vigie,  veillant à la sécuritédu trajet Ciboure  Urrugne.. Le père Urresti revient de Londres très malade et décédera sur la Côte d'Azur.

   Comète n'est plus en ordre de bataille et se consacre à une fidèle amitié Nord-Sud prétexte à des retrouvailles sur les bords de la Bidassoa, laquelle toujours fantasque, peut au gré de son humeur couler ou déferler. Mais ces caprices de diva lui sont pardonnés car elle reste pour tous dans ces nuits de l'occupation le gué de la liberté, difficile d'accès, périlleux à pratiquer et à maîtriser, à l'image du symbole qu'elle représentait.

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